Chapitre IV
Aux bons soins de deux passionnés du cigare — quand l'art du tabac trouve refuge en cœur de ville.
Étymologie
Étrange destin que celui d'un mot. Avant d'orner les devantures de nos buralistes, la civette était un petit mammifère carnivore originaire d'Afrique et d'Asie, célèbre pour le musc précieux que sécrètent ses glandes — substance prisée depuis le XVIe siècle par les parfumeurs.
La civette africaine sécrète un liquide musqué à l'odeur tenace. Dès le XVIe siècle, les parfumeurs s'en servent pour fixer leurs essences. La substance vaut alors son poids d'or aux foires d'épices.
Le précieux musc sert bientôt à aromatiser et conserver le tabac à priser. Les feuilles parfumées « à la civette » deviennent un produit recherché, prisé des amateurs raffinés et des cours européennes.
En 1716, à Paris, un débitant de tabac proche du Louvre choisit pour enseigne « À la Civette ». Le succès est tel que le terme finit par désigner, par antonomase, l'ensemble des débits de tabac de qualité.
Filiation
Du désert d'Arabie aux comptoirs messins, la civette a voyagé près de huit siècles avant de trouver sa carotte rouge.
zabād — l'écume, le musc, la matière onctueuse. qaṭṭ az-zabād, le « chat à musc ».
Le mot passe en français via le catalan civeta et l'italien zibetto, désignant l'animal puis sa précieuse sécrétion.
La civette parfume le tabac à priser. Le commerce du « tabac à la civette » prospère à la cour.
Ouverture, rue Saint-Honoré à Paris, de l'enseigne À la Civette — qui donnera son nom au commerce.
Par antonomase, le mot devient le nom commun d'un débit de tabac de qualité — sens qu'il garde aujourd'hui.
Aujourd'hui, le mot est devenu rare — un peu suranné, comme la carotte rouge qui les signale encore. Il a pourtant gardé tout son prestige auprès de ceux qui savent : la civette n'est pas un simple bureau de tabac, c'est une maison de conseil, une cave, un lieu de transmission.
Deux civettes messines, deux tempéraments — un même amour du beau cigare.
Civette n° I · Place du Quarteau
— Tim, le Jet-Setteur —
Au pied de la place Saint-Louis, dans l'une des plus anciennes civettes de Metz, Tim tient boutique avec ce mélange de précision et de bonne humeur qu'on lui connaît au club. Une cave riche, un œil sûr, et le don rare de raconter chaque vitole comme une petite histoire.
La maison fut fondée en 1929. Reprise et transmise au fil des générations, elle a connu son grand essor sous l'enseigne actuelle, le Longchamp — chère au cœur de notre Président d'Honneur Gilles, qui l'a longtemps tenue avant d'en confier les clés à Tim. Une histoire de filiation, donc, que l'on retrouve dans le soin apporté au choix des références : havanes classiques, terroirs du Nouveau Monde, raretés cubaines et belle sélection de rhums des Caraïbes.
Tim vous accueille avec cette aisance discrète qui fait les bonnes maisons : ni cérémonieuse, ni convenue. On y vient pour acheter un cigare, on en repart avec un conseil — parfois une amitié.
Civette n° II · Rue aux Arènes
Rue aux Arènes, à deux pas de la Nouvelle Ville, Émile a fait du Diplomate l'une des belles surprises messines. Plus jeune des deux maisons, mais tenue avec le même soin, la civette a vu sa cave à cigares s'étoffer ces dernières années sous son impulsion — et cela se sait.
L'accueil y est devenu une signature : courtois, souriant, généreux en conseils. Émile parle des cigares comme on parle d'un bel ouvrage — il en raconte volontiers les histoires, les terroirs, les particularités. Pour offrir un module à un proche ou pour s'aventurer hors des sentiers battus, c'est une adresse de choix.
Au club, on connaît la passion d'Émile pour le geste du torcedor — celui de l'artisan qui roule la feuille avec patience. C'est cette même attention au détail qu'il met dans la sélection de ses vitoles, faisant du Diplomate une civette à hauteur d'homme, où l'on apprend autant qu'on achète.
— Émile, le Torcedor —
Une civette, ce n'est pas un comptoir : c'est une cave, une école, et un peu de la mémoire d'une ville.