Chapitre I
Cinq siècles d'histoire, trois continents, une infinité de terroirs. Le cigare est une géographie autant qu'une tradition.
Origines
Bien avant Christophe Colomb, les peuples Taïnos des Caraïbes roulaient déjà des feuilles de tabac séchées pour des cérémonies sacrées. Le mot « cohiba » vient de leur langue. L'arrivée des Européens au XVe siècle va transformer un rite amérindien en art raffiné, répandu de la cour d'Espagne aux clubs londoniens.
Les marins de Colomb observent les Taïnos fumer des feuilles enroulées. Ils rapportent la plante en Europe, d'abord comme curiosité médicinale, puis comme plaisir de la noblesse.
L'Espagne instaure un monopole sur le tabac cubain. Les manufactures de La Havane naissent — elles deviendront le cœur battant du cigare mondial pour trois siècles.
Les grandes marques apparaissent : Partagás, Hoyo de Monterrey, H. Upmann, Romeo y Julieta. Cuba exporte déjà son savoir-faire dans le monde entier.
Géographie
Comme le vin, le cigare est fils d'une terre. Quelques régions concentrent l'essentiel de la production mondiale de grande qualité.
La terre rouge légendaire, à l'ouest de l'île. Un microclimat unique de 160 km², protégé par la Sierra de los Órganos. On y cultive les feuilles les plus convoitées au monde. Terre de Cohiba, Montecristo, Hoyo de Monterrey.
Premier producteur mondial en volume, la Vallée du Cibao produit des cigares d'une grande finesse aromatique. Davidoff, Arturo Fuente, La Flor Dominicana y ont établi leurs fiefs. Des tabacs plus doux, d'une élégance rare.
Terres volcaniques, sols riches, tabacs puissants. Le Nicaragua s'est imposé en une génération comme rival sérieux de Cuba, avec des maisons comme Padrón, My Father, Oliva. Des cigares corsés, épicés, complexes.
Plus confidentiel mais essentiel. Le Honduras produit des feuilles aux caractères francs, souvent utilisées en assemblage. Patrie historique de Camacho et de belles productions indépendantes.
Les capes — feuilles extérieures qui habillent le cigare — viennent souvent d'ailleurs. L'Équateur excelle dans les capes nuageuses et claires. Le Connecticut américain fournit des capes Shade dorées. Sumatra signe des capes sombres et épicées.
Vitole & module
Un cigare court se goûte en trente minutes ; un double corona demande deux heures. Le format conditionne tout : le temps disponible, l'intensité, l'occasion.
Le cigare du matin, de la pause, de la dégustation rapide. 100 à 130 mm, cepo 40-42. Idéal pour découvrir une vitole sans s'engager pour la soirée.
Le format roi aujourd'hui. 120 à 140 mm, cepo 50. Équilibre parfait entre plaisir immédiat et temps de développement des arômes.
Le cigare de la grande soirée. 160 à 190 mm, cepo 47-49. Un voyage complet, qui évolue considérablement du premier au dernier tiers. Nommé d'après Sir Winston qui en consommait plusieurs par jour.
Si j'avais le choix entre conquérir le monde et fumer un bon cigare, j'hésiterais. Mais pas longtemps.